Chers amis les propos du ministre de l'intérieur de ces derniers jours concernant les sans papiers est intolérable. Malgré la participation du PS au sein de ce gouvernement, Marie Arena a écrit une carte blanche courageuse et intéressante que je vous fait partager via mon blog.......
"« Nous ne pouvons récompenser l'illégalité ». Voilà la réponse sibylline apportée par le Ministre de l'Intérieur (Open VLD) aux situations dramatiques vécues par les sans-papiers.
Cette sentence est inhumaine et hypocrite. Inhumaine, parce qu'après de longues années en Belgique, ces personnes ont appris notre langue, travaillent, ont noué des amitiés, etc. En un mot, elles se sont intégrées. Cette position est aussi hypocrite. Ne nous voilons pas la face. L'Etat et la police sont au courant de leur présence sur notre territoire depuis de longues années. Ils ne peuvent donc soudainement se réfugier derrière la loi pour envoyer à ces familles un ordre de quitter le territoire dans les 15 jours.
Ce débat est loin d'être théorique. Il s'agit ici du quotidien d'êtres humains qui vivent des situations particulièrement pénibles. Chaque histoire est saisissante. Il suffit de nous plonger dans l'actualité de ces dernières semaines.
Il y a six mois, nous étions touchés par le parcours de la jeune Angelica. Aujourd'hui, c'est la situation de Gentiana qui nous interpelle. Cette élève sérieuse et appliquée ne peut évidemment pas être expulsée. Ni elle, ni ses parents, ni ses quatre frères dont certains sont nés ici en Belgique. Gentiana a 16 ans. Elle vit dans notre pays depuis... 9 ans ! Son parcours ressemble tant aux parcours vécus par d'autres « sans-papiers ».
Un autre cas qui occupe l'actualité depuis quelques semaines m'a touché personnellement. Un samedi soir de décembre, j'ai été informée que plus de 100 personnes avaient envahi un bâtiment de la Communauté française. Il me revenait de décider de l'attitude à adopter. Deux choix s'offraient à moi : les faire expulser ou leur permettre d'occuper le bâtiment. J'ai opté pour la seconde solution. Comment aurait-il pu en être autrement ? Comment imaginer ces familles, ces enfants dehors dans le froid ? Leur permettre de rester était pour moi une question de respect et de dignité.
Il est plus que temps de mettre un terme à cette hypocrisie. Que cela plaise ou non, des milliers de sans-papiers vivent dans notre pays depuis de nombreuses années. Leur quotidien a plus des allures de cauchemar que de ruée vers l'or. Ils vivent dans des conditions qu'aucun d'entre nous ne pourrait accepter. Feindre d'ignorer leur existence et se draper derrière le respect d'une loi pour soudainement exiger l'expulsion d'une famille n'est évidemment pas une solution ! Tant que la Belgique n'organise pas des procédures claires, rapides et objectives au terme desquelles ces personnes sont soit admises, soit rapatriées, nous devons composer, au nom de la solidarité et de l'humanisme.
Le sort des sans-papiers est trop souvent instrumentalisé pour flatter les mauvais penchants qui nous taraudent probablement tous à certains moments : le repli sur soi, la peur de l'étranger, un certain égoïsme... Il suffit pour s'en convaincre de parcourir les forums sur internet. Les commentaires sont souvent édifiants.
Je souhaite aujourd'hui lancer un appel et faire taire les slogans réducteurs. Je citerai quelques exemples de clichés trop répandus. « La Belgique ne peut accueillir toute la misère du monde ». Mais de quoi parle-t-on ? Il est évident que la Belgique ne peut pas ouvrir purement et simplement ses frontières. Personne ne peut et ne veut le faire. Cela nous donne-t-il le droit d'adopter des comportements inhumains ? Est-ce à ces familles de payer le prix fort du manque de législation claire et rapidement exécutée dans notre pays ? « Ils représentent un coût pour la société ». Relativisons ! Une procédure rapide et objective coûterait moins cher que le gâchis actuel. Et le Bureau du Plan estime que la régularisation de 2000 a contribué au relèvement du taux d'activité. Régularisées, ces personnes représentent une richesse plus qu'un poids. Elles contribuent à l'économie et paient leurs impôts. En attendant leur éventuelle régularisation, elles n'ont droit à rien et n'ont d'autres solutions que de travailler au noir. Souvent chez des employeurs peu scrupuleux.
Chaque sans-papiers est l'ami de ses amis belges, le parent du copain de classe de notre enfant. Nous vivons ensemble. Osons rencontrer ces personnes pour les comprendre. Osons nous scandaliser de notre attitude comme le propose le Tribunal d'Opinion qui a condamné samedi l'Etat belge parce qu'il enferme des mineurs dans des centres fermés.
Quand nous faisons ces rencontres avec les sans-papiers, nous comprenons tous que la politique d'immigration actuelle est profondément inhumaine, indigne des valeurs que nous voulons que la Belgique incarne. En disant cela, je ne prône pas la théorie du « laisser-faire ». Le PS, avec le CDH à la Communauté française, et plus globalement avec Ecolo, le Forum Asile et Migrations, les organisations syndicales et tant de collectifs de citoyens..., veut une solution concrète à la douloureuse réalité vécue par des gens proches de chacun d'entre nous. Nous ne pouvons y renoncer sous peine de verser dans le cynisme ou de fermer les yeux sur une forme d'exploitation que nous aurions aimer disparue à jamais dans notre pays.
Prendre aujourd'hui position de cette manière relève de notre devoir de clarification, d'éducation, de soutien à la pensée critique, de proximité avec les personnes dans ce qu'elles vivent. La précarité des sans-papiers, laissée en friche par le cynisme de la droite, constitue un défi quotidien pour nos enseignants, pour nos associations, pour nos médecins, et pour toutes ces personnes amies de sans-papiers.
Nous avons besoin d'une régularisation des sans-papiers sur base de critères clairs, confiée à une Commission permanente. Il s'agit de la seule manière d'éviter les décisions arbitraires et inhumaines qui se produisent actuellement. Suspendre les expulsions jusqu'à ce que ces éléments soient mis en place relève de l'évidence. Il est d'autant plus inhumain d'éloigner aujourd'hui ces personnes alors que nous savons qu'elles seraient régularisées dans le cadre de l'accord du prochain Gouvernement fédéral. Il est impératif de régulariser les personnes ayant des attaches sociales durables dans notre pays. Cela fait plus de 20 jours que 150 personnes ont entamé une grève de la faim dans le bâtiment de la Communauté française. Il est urgent de leur donner une réponse rapide et décente sur leur avenir."
Marie ARENA,
Ministre-Présidente de la Communauté française en charge de l'enseignement obligatoire